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Voter c'est abdiquer

Une lettre de 1885 : voter, c'est se donner des maîtres, être dupe, et finir trahi. Il faut agir soi-même.

État & pouvoirÉlisée Reclus · 1885Fiche · 3 min

Contexte

En 1885, des élections législatives approchent. Des camarades demandent à Élisée Reclus son avis sur le vote. Il répond par une lettre écrite à Clarens, en Suisse, le 26 septembre 1885, adressée à Jean Grave, qui la publie dans Le Révolté du 11 octobre. Elle deviendra le texte anti-électoral le plus diffusé de l'anarchisme français, réimprimé à chaque élection depuis plus d'un siècle.

La thèse

Voter, c'est renoncer à sa propre souveraineté. Rien de bon ne sort de la délégation du pouvoir ; il faut défendre soi-même ses intérêts, avec d'autres.

Les trois arguments

  1. Voter, c'est abdiquer. On se donne des maîtres : les élus deviennent des supérieurs qui font les lois et exigent l'obéissance, au nom même de celles et ceux qui les ont choisis.
  2. Voter, c'est être dupe. Aucune personne ordinaire ne devient compétente sur tout (guerre, finances, santé, agriculture) par la grâce d'une élection. Le pouvoir rend fou, et les assemblées tendent à la médiocrité.
  3. Voter, c'est être trahi. Le candidat le plus sincère promet, puis change au contact du milieu politique, des honneurs et des puissants.

La conclusion de Reclus : « Ne confiez donc pas vos destinées à des hommes forcément incapables et à des traîtres futurs. Ne votez pas ! Au lieu de confier vos intérêts à d'autres, défendez-les vous-mêmes. »

Débats et limites

  • Une critique sans nuance : tous les élus ne se valent pas, et certains votes ont des conséquences concrètes sur la vie des plus fragiles. Le débat sur le « vote barrage » face à l'extrême droite divise aujourd'hui encore les libertaires.
  • Le texte ne dit pas comment s'organiser pour défendre ses intérêts soi-même. Il faut le lire avec des textes plus pratiques, comme L'Action directe.

Et aujourd'hui ?

Les trois arguments de Reclus (on abdique, on est dupe, on est trahi) résonnent avec ce que beaucoup ressentent face aux promesses électorales non tenues. Sa proposition reste valable même pour celles et ceux qui votent : ne jamais s'en remettre seulement aux élus, et garder la force collective qui seule fait respecter ses intérêts.

À retenir

  • Le texte anti-électoral le plus cité de l'anarchisme français.
  • Une page, trois arguments, une conclusion.
  • À comparer avec Libertad et Sébastien Faure.

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Sources et pour aller plus loin

Le texte original

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Sur le web

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