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Anarchistes électoralistes

Quand des anarchistes appellent à voter « pour l'amnistie », Malatesta rappelle où mène toujours ce chemin.

État & pouvoirErrico Malatesta · 1924Fiche · 3 min

Contexte

Au printemps 1924, la France prépare des élections législatives. Le Cartel des gauches, alliance des radicaux et des socialistes, promet une amnistie pour les prisonniers politiques et les condamnés de la guerre. Des militants qui se disent anarchistes appellent alors à voter pour lui, au nom de cette amnistie. Malatesta leur répond dans sa revue romaine Pensiero e volontà.

La thèse

Le vote ne transforme pas la société ; il reflète l'opinion. Les petits gains électoraux ne justifient pas d'abandonner la propagande et la lutte, et celles et ceux qui se convertissent au parlementarisme finissent presque toujours par servir le pouvoir.

Les idées, dans l'ordre

  1. La franchise. Chacun peut changer d'avis, mais doit l'annoncer clairement, et cesser de se dire anarchiste s'il ne l'est plus.
  2. La pente. Ces revirements commencent de bonne foi, puis glissent vers la vanité et l'air du milieu politique.
  3. Le précédent français. Le socialisme français a vu de farouches dénonciateurs du suffrage devenir députés, puis ministres, puis briseurs de grèves.
  4. Des arguments réels pour le vote (défendre des libertés, améliorer les conditions de travail, protéger l'école laïque) existent, mais ne suffisent pas à justifier l'abandon de la lutte directe.
  5. L'absurde. Poussé au bout, ce pragmatisme ferait soutenir le parti au pouvoir pour obtenir quelques faveurs : la preuve qu'il ne mène nulle part.

Débats et limites

  • Le cas espagnol : en 1936, une partie des anarchistes espagnols ont laissé leurs membres voter pour le Front populaire, qui promettait de libérer 30 000 prisonniers politiques. La victoire a été suivie de la révolution… mais aussi de l'entrée de ministres anarchistes au gouvernement, que beaucoup ont regrettée.
  • L'urgence : face à un danger immédiat (fascisme, guerre), le débat sur le vote tactique ne se tranche pas par un principe seul.

Et aujourd'hui ?

À chaque élection importante, la tentation du « vote utile » ou du « vote barrage » revient dans les milieux libertaires. Le texte de Malatesta n'interdit rien, mais il donne un critère : quoi qu'on fasse le jour du vote, ne jamais abandonner l'organisation et la lutte qui, seules, font respecter nos intérêts.

À retenir

  • Le vote détourne de la propagande et de la lutte.
  • Bonne foi, logique, vanité : le chemin type de la conversion.
  • À lire avec Voter c'est abdiquer.

Sources et pour aller plus loin

Le texte original

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Sur le web

Fiche de lecture rédigée par Mamie Commune d'après les textes de la Bibliothèque anarchiste francophone. Cette fiche est libre de reproduction.