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Du sentiment de la nature dans les sociétés modernes

Dès 1866, le géographe relie la santé des sociétés à celle de leur milieu, et dénonce la spéculation qui enlaidit les paysages.

Individu & moraleÉlisée Reclus · 1866Fiche · 3 min

Contexte

Élisée Reclus a 36 ans. Il a voyagé en Irlande, aux États-Unis, en Colombie, et vit de ses guides de voyage et de ses articles de géographie. Ce texte paraît en 1866 dans la Revue des Deux Mondes, une grande revue intellectuelle. C'est le moment de l'essor des chemins de fer, de l'exode rural, des grands travaux d'Haussmann à Paris et de l'industrialisation à marche forcée.

Reclus n'est pas encore anarchiste déclaré, mais déjà très engagé à gauche. On le considère aujourd'hui comme l'un des précurseurs de l'écologie politique.

La thèse

La société urbaine et industrielle détruit à la fois les milieux naturels et la santé physique et intellectuelle des gens. Le lien avec la nature est indispensable à l'équilibre des peuples, et la beauté des paysages est un bien commun.

Reclus résumera plus tard cette pensée d'une phrase, en tête de son dernier livre : « L'homme est la nature prenant conscience d'elle-même. »

Les idées, dans l'ordre

  1. Un nouvel amour de la nature. Artistes, savants et voyageurs se passionnent pour elle, les montagnes surtout, longtemps jugées effrayantes.
  2. Les montagnes sacrées. Les peuples anciens voyaient dans les sommets le séjour des dieux.
  3. L'exode. Les chemins de fer vident les campagnes au profit des grandes villes.
  4. La ville malade. Elle abrège la vie, affaiblit les corps, produit misère et déchéance.
  5. La spéculation. Les citadins cherchent l'air pur, mais la spéculation morcelle et enlaidit les plus beaux sites : villas, clôtures, panneaux.
  6. Deux agricultures. Certaines dégradent les sols et les paysages ; d'autres allient productivité et beauté.
  7. Des civilisations disparues ont décliné après avoir saccagé leur milieu : forêts rasées, sols épuisés.
  8. Une éducation qui forme des personnes fortes, adroites et sensibles à la nature.

Débats et limites

  • Une vision un peu esthétique de la nature, celle d'un voyageur cultivé. Reclus approfondira plus tard le lien entre exploitation des humains et exploitation de la terre.
  • La ville n'est pas que malsaine : c'est aussi le lieu des luttes, des rencontres et de l'émancipation. Reclus le dira lui-même ailleurs.

Et aujourd'hui ?

Bétonisation, stations de ski sans neige, littoral privatisé, maladies liées à la pollution : 160 ans plus tard, le texte se lit comme un article d'actualité. L'écologie sociale, développée au XXe siècle par Murray Bookchin, reprend l'intuition de Reclus : la domination de la nature et la domination entre humains ont la même racine.

À retenir

  • La santé humaine dépend de celle du milieu.
  • La spéculation est l'ennemie des paysages.
  • Un texte d'écologie sociale avant l'heure.

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Sources et pour aller plus loin

Le texte original

Lire

  • Élisée Reclus. Pour une géographie nouvelle, Federico Ferretti, CTHS, 2014.Le géographe et l'écologiste.
  • À propos du végétarismeNotre fiche : Reclus et les animaux.

Sur le web

Fiche de lecture rédigée par Mamie Commune d'après les textes de la Bibliothèque anarchiste francophone. Cette fiche est libre de reproduction.