Mamie Commune

Accueil/Bibliothèque/Individu & morale

Les anarchistes et le sentiment moral

Refuser les règles imposées n'est pas renoncer à toute morale : il faut opposer une morale plus haute, celle de la solidarité.

Individu & moraleErrico Malatesta · 1904Fiche · 3 min

Contexte

Malatesta publie ce texte en 1904 dans Le Réveil, journal anarchiste de Genève ; il est traduit en 1906 dans Les Temps nouveaux. À l'époque, le mot « anarchie » recouvre des doctrines si différentes que le public s'y perd : à côté des communistes et des syndicalistes, certains individualistes affirment que tout est permis, que la morale n'est qu'un préjugé bourgeois, et justifient le vol entre camarades ou le mépris des autres.

La thèse

Un anarchiste ne peut pas rejeter la morale en bloc. Toute société a une morale ; il s'agit de remplacer la morale bourgeoise, fondée sur l'intérêt et l'obéissance, par celle de l'entraide et de la solidarité. Et l'excuse « c'est la faute du milieu » ne tient pas : sans révolte individuelle, le milieu ne change jamais.

Les idées, dans l'ordre

  1. Des idées claires plutôt qu'une étiquette : se dire anarchiste ne suffit pas.
  2. Nier la morale « par formule », pour faire radical, mène à n'avoir plus aucun repère, et à reproduire en pire la loi du plus fort.
  3. Deux morales : la morale individualiste bourgeoise (chacun pour soi) contre la morale de solidarité (le bien de chacun passe par celui de toutes et tous).
  4. Juger les actes, pas l'étiquette de celles et ceux qui les commettent.
  5. L'alibi du milieu. L'impuissance face au milieu sert souvent d'excuse pour ne rien changer à sa propre vie.
  6. L'écart inévitable. Il y aura toujours un écart entre nos idées et notre vie ; s'y résigner, c'est s'embourgeoiser.

Débats et limites

  • Le risque du moralisme : juger la vie des autres au nom de l'idéal peut devenir une nouvelle autorité. Malatesta parle surtout d'exigence envers soi-même.

Et aujourd'hui ?

La cohérence entre idées et pratiques est une question brûlante dans les milieux militants : comment on traite les gens, comment on gère l'argent, comment on réagit aux violences internes. Malatesta donne une boussole simple : ce qui compte, ce ne sont pas les grands mots, mais ce qu'on fait aux autres.

À retenir

  • Anarchisme et morale ne s'excluent pas.
  • La cohérence est le vrai critère.
  • Voir aussi La Morale anarchiste.

Sources et pour aller plus loin

Le texte original

Lire

  • La Morale anarchisteNotre fiche : Kropotkine, qui fonde la morale sur la nature, là où Malatesta y voit un choix.
  • L'IndividualismeNotre fiche : Libertad sur l'individualisme bien compris.

Sur le web

Fiche de lecture rédigée par Mamie Commune d'après les textes de la Bibliothèque anarchiste francophone. Cette fiche est libre de reproduction.