Contexte
Cet article paraît sans signature dans Le Révolté du 24 janvier 1880. Il est attribué avec une forte probabilité à Kropotkine, alors principal rédacteur du journal. À l'époque, la majorité des Françaises et des Français vivent encore à la campagne. Les républicains comme les conservateurs flattent le petit paysan propriétaire, présenté comme le rempart de l'ordre contre les « partageux » des villes.
La thèse
Les défenseurs de la propriété font du petit paysan leur allié contre les ouvriers. C'est une illusion : la concentration de la terre et la mécanisation le ruineront. Sa place est aux côtés des ouvriers.
Les idées, dans l'ordre
- Le vrai critère n'est pas d'avoir un bout de terre, mais d'être dépendant : du prêteur, du marchand, de l'impôt. Paysans pauvres et ouvriers sont des prolétaires.
- La misère rurale touche toute l'Europe, des Highlands écossais à la Russie.
- Les fermes géantes américaines fonctionnent comme des usines militarisées, avec des centaines de journaliers.
- Machines et capitaux écrasent la petite exploitation, qui ne peut pas suivre.
- Le machinisme réduit la main-d'œuvre nécessaire et fait baisser les salaires des journaliers agricoles.
- La seule issue : s'unir aux ouvriers pour reprendre la terre et les machines en propriété commune.
Débats et limites
- Une prophétie à long terme : le petit paysan français a résisté plus longtemps que prévu, jusqu'aux années 1950-1960. Mais la tendance annoncée s'est bien réalisée.
- Un article court, qui pose un slogan plus qu'il ne démontre. À mon frère le paysan de Reclus développe la même idée.
Et aujourd'hui ?
La France est passée de plus d'un million d'exploitations agricoles dans les années 1980 à environ 400 000 aujourd'hui, et ce n'est pas fini. Endettement, dépendance aux industriels et à la grande distribution, suicides d'agricultrices et d'agriculteurs : le texte de 1880 décrit exactement la mécanique à l'œuvre. Les alliances entre paysannerie et mouvements urbains (contre les méga-bassines, pour la terre) reprennent son appel.
À retenir
- Le petit propriétaire est la prochaine victime du capital.
- Ouvriers et paysans partagent la même condition.
- Un slogan resté célèbre.
Sources et pour aller plus loin
Le texte original
- « Ouvrier, prends la machine ! Prends la terre, paysan ! » sur la Bibliothèque anarchiste : le texte intégral, aussi en PDF et en livre numérique (EPUB).
Lire
- À mon frère le paysanNotre fiche : Reclus développe le même appel.
- Champs, usines et ateliersNotre fiche : l'alternative proposée par Kropotkine.
Sur le web
- Le RévoltéLe journal où l'article a paru.
Fiche de lecture rédigée par Mamie Commune d'après les textes de la Bibliothèque anarchiste francophone. Cette fiche est libre de reproduction.