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On ne peut pas améliorer les prisons

Après Clairvaux, Kropotkine en témoigne : la prison ne corrige personne et fabrique des délinquants. Il faut la démolir.

État & pouvoirPierre Kropotkine · 1887Fiche · 3 min

Contexte

Kropotkine a connu deux ans de forteresse en Russie, puis trois ans à la centrale de Clairvaux, en France, de 1883 à 1886, réputée l'une des prisons les plus « modernes » d'Europe. Il y a observé de près la vie des détenus, discuté avec eux, et même donné des cours. À sa libération, il publie un livre de témoignage, Dans les prisons russes et françaises, puis donne cette conférence à Paris le 20 décembre 1887.

La thèse

Aucune réforme ne rendra la prison utile. Elle ne corrige pas, ne réduit pas le crime et produit de nouveaux délinquants. Le problème n'est pas la façon de la diriger, mais l'institution elle-même.

Les idées, dans l'ordre

  1. Le travail exploité. À Clairvaux, les détenus travaillent pour des patrons privés à des salaires dérisoires.
  2. Un travail sans sens, forcé, sans intérêt, vécu comme une punition, qui dégoûte du travail au lieu d'y préparer.
  3. La récidive. Une grande partie des condamnés reviennent en prison, souvent pour des faits plus graves. La prison est une « école du crime ».
  4. Les peines ne dissuadent pas. Durcir ou adoucir les peines ne change guère le nombre de crimes, qui suit surtout les conditions de vie.
  5. L'isolement. La prison coupe les liens familiaux et sociaux qui aideraient à se reconstruire.
  6. Une institution qui corrompt tout le monde : gardiens comme détenus.

Débats et limites

  • Et à la place ? Kropotkine compte sur une société sans misère, sur la solidarité et le soin. Les abolitionnistes d'aujourd'hui ont développé des propositions plus précises : médiation, justice réparatrice, accompagnement.
  • Les violences graves (meurtres, violences sexuelles) posent des questions auxquelles le texte répond peu. C'est le débat le plus difficile pour l'abolitionnisme.

Et aujourd'hui ?

Les prisons françaises battent des records de surpopulation, avec des milliers de personnes dormant sur des matelas au sol, et la France est régulièrement condamnée par la justice européenne pour ses conditions de détention. Les chiffres de la récidive donnent raison à Kropotkine. Le mouvement abolitionniste, porté notamment par des féministes et des militantes et militants antiracistes, reprend son argument : la prison ne protège pas, elle détruit.

À retenir

  • Le problème est l'institution, pas celles et ceux qui la dirigent.
  • Un texte fondateur de l'abolitionnisme pénal.
  • À lire avec La Loi et l'autorité.

Sources et pour aller plus loin

Le texte original

Lire

  • La prison est-elle obsolète ?, Angela Davis, Au diable vauvert, 2014.Le classique de l'abolitionnisme contemporain.
  • Pour elles toutes. Femmes contre la prison, Gwenola Ricordeau, Lux, 2019.Un abolitionnisme féministe, qui répond à la question des violences.
  • Surveiller et punir, Michel Foucault, Gallimard, 1975.Comment la prison est devenue la peine « normale ».

Sur le web

Fiche de lecture rédigée par Mamie Commune d'après les textes de la Bibliothèque anarchiste francophone. Cette fiche est libre de reproduction.