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La Loi et l'autorité

La loi n'a rien de sacré : elle naît de la domination et la protège. La solidarité n'a pas besoin d'elle.

État & pouvoirPierre Kropotkine · 1882Fiche · 3 min

Contexte

Kropotkine publie d'abord ce texte en articles dans Le Révolté en 1882, quelques mois avant son arrestation à Thonon et sa condamnation au « procès de Lyon », où il écope de cinq ans de prison. La brochure sera rééditée à des milliers d'exemplaires (la sixième édition, en 1892, est financée par le legs d'un militant).

Il répond à une idée qui paraît évidente à presque tout le monde : une société ne tiendrait pas sans lois, sans juges et sans police.

La thèse

La loi mélange des coutumes utiles à la vie commune et des règles imposées par les prêtres et les guerriers. Ce mélange sert à faire accepter les secondes grâce aux premières. La loi sert les dominants et doit disparaître ; la solidarité n'a pas besoin d'elle.

Les idées, dans l'ordre

  1. Le culte de la loi. Pour chaque problème, on réclame une nouvelle loi. On en produit des milliers. L'éducation entretient ce réflexe de soumission dès l'enfance.
  2. Coutumes et domination. Avant les lois écrites, des coutumes réglaient la vie des groupes humains. Certaines viennent de l'entraide (ne pas tuer, s'entraider), d'autres de la domination (payer le chef, obéir au prêtre). La loi fige le tout et rend sacré ce qui ne l'est pas.
  3. Une histoire de classe. Comme le capital, la loi s'est développée au profit des puissants. Les grandes réformes libérales n'ont fait qu'abolir de vieilles lois oppressives : elles prouvent que le progrès consiste à défaire des lois, pas à en faire.
  4. Trois sortes de lois. Celles sur la propriété, qui légitiment l'accaparement ; celles sur le gouvernement, qui protègent les privilégiés ; et les lois pénales.
  5. Le crime et la peine. La peine de mort n'a jamais dissuadé personne ; la plupart des délits viennent de la misère ; la prison dégrade et fabrique la récidive.

Débats et limites

  • Certaines lois protègent les faibles : droit du travail, lois contre les discriminations, interdiction du travail des enfants. Kropotkine répondrait qu'elles ont été arrachées par les luttes, et ne valent que tant que la force qui les a imposées reste vivante.
  • Que faire des violences graves ? Le texte donne peu de réponses pratiques. D'autres textes, comme On ne peut pas améliorer les prisons, vont plus loin.

Et aujourd'hui ?

L'inflation législative, notamment sécuritaire, n'a jamais été aussi forte : chaque fait divers produit sa loi. Les mouvements abolitionnistes (contre la prison et la police), très actifs aux États-Unis et en France, reprennent l'argument de Kropotkine : supprimer les causes du crime plutôt que punir toujours plus.

À retenir

  • La loi n'est pas neutre : elle mêle l'utile et la domination.
  • La solidarité existe sans elle.
  • Supprimer les causes du crime plutôt que punir.

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Sources et pour aller plus loin

Le texte original

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Sur le web

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