Contexte
Kropotkine rédige ce texte comme une conférence dans les années 1890, puis le publie dans Les Temps nouveaux avant d'en faire une brochure. Le débat socialiste fait rage : les partis marxistes, en pleine croissance en Allemagne et en France, veulent conquérir l'État par les élections pour le mettre au service des travailleurs. Les anarchistes veulent l'abolir. Kropotkine répond par l'histoire.
La thèse
La société existait bien avant l'État. Celui-ci n'est pas l'organisation naturelle de la vie commune, mais une forme historique précise, qui concentre le pouvoir entre quelques mains. Il a détruit les libertés locales ; il faut l'abolir, pas le réformer ni le conquérir.
Les idées, dans l'ordre
- Trois mots à ne pas confondre : la société (la vie en commun), le gouvernement (des gens qui commandent) et l'État (une machine centralisée qui réunit armée, justice, religion et administration).
- L'Empire romain est le modèle de la centralisation, avec des sujets plutôt que des citoyens libres.
- Le « contrat social » est un mythe. Les humains n'ont jamais vécu isolés avant de signer un pacte : clans et tribus vivaient de coutumes et d'entraide.
- La commune de village et les guildes formaient des fédérations libres qui géraient la justice, les terres communes et les échanges.
- Les villes libres du Moyen Âge (XIe-XIIe siècles), affranchies des seigneurs, ont connu un âge de prospérité, d'art et d'invention : cathédrales, beffrois, ponts.
- Au XVIe siècle, l'alliance du seigneur de guerre, du juge formé au droit romain et du prêtre écrase les communes et les grandes révoltes populaires, comme la guerre des paysans en Allemagne.
- Un vol organisé. L'État s'empare des terres communales et dissout les guildes. Ce n'est pas une évolution naturelle, mais une conquête.
- L'État interdit les unions directes entre les gens : tout doit passer par lui. Il faut retrouver le principe fédératif, de bas en haut.
Débats et limites
- Des communes médiévales idéalisées. Les historiennes et historiens ont montré qu'elles connaissaient aussi leurs oligarchies, leurs exclusions, leurs violences. Kropotkine le reconnaît en partie, mais force le trait.
- Une histoire surtout européenne. L'apparition de l'État en Asie, en Afrique ou en Amérique suit d'autres chemins.
Et aujourd'hui ?
Des anthropologues et archéologues ont repris la question à nouveaux frais. David Graeber et David Wengrow, dans Au commencement était… (2021), montrent que bien des sociétés anciennes ont refusé ou démantelé des pouvoirs centralisés : l'État n'était pas une étape obligatoire. Le municipalisme libertaire et le confédéralisme démocratique du Rojava reprennent l'idée de fédérations de communes.
À retenir
- L'État est historique, donc pas éternel.
- Il s'oppose par nature à la libre fédération.
- Les communes médiévales prouvent qu'on peut s'organiser autrement.
Le texte complet est sur Mamie Commune. Lire en ligne ou ouvrir le PDF.
Sources et pour aller plus loin
Le texte original
- Le texte complet sur Mamie Commune, à lire en ligne ou en PDF.
- « L'État, son rôle historique » sur la Bibliothèque anarchiste : le texte intégral, aussi en PDF et en livre numérique (EPUB).
Lire
- Au commencement était… Une nouvelle histoire de l'humanité, David Graeber et David Wengrow, Les Liens qui libèrent, 2021.Des milliers d'années d'expériences politiques sans État.
- La Société contre l'État, Pierre Clastres, Éditions de Minuit, 1974.Des sociétés qui empêchent la naissance du pouvoir.
- La Fédération comme moyen d'unionNotre fiche : l'alternative proposée par Kropotkine.
Sur le web
- Le municipalisme libertaireL'héritage actuel des communes libres.
- Notre dossier sur le RojavaUne fédération de communes en pratique.
Fiche de lecture rédigée par Mamie Commune d'après les textes de la Bibliothèque anarchiste francophone. Cette fiche est libre de reproduction.