Contexte
En 1848, Proudhon est élu député de la Seine. Il assiste à l'écrasement de l'insurrection ouvrière de juin 1848, puis tente de fonder une « Banque du peuple » de crédit gratuit, qui échoue. En 1849, il est condamné à trois ans de prison pour ses articles contre le président Louis-Napoléon Bonaparte. C'est en prison qu'il écrit ce livre, publié en 1851, quelques mois avant le coup d'État du 2 décembre qui mettra fin à la République.
La thèse
La révolution est une nécessité historique : plus on la comprime, plus elle grandit. 1789 n'a fait que la moitié du travail : abolir le féodalisme sans bâtir l'organisation économique qui devait suivre. La question sociale prime sur la question politique ; le gouvernement doit se dissoudre dans l'organisation économique.
Les sept études
- Réaction et révolution : chaque répression nourrit la révolution.
- Pourquoi une révolution : la concurrence, le crédit et la division du travail, livrés à eux-mêmes, enrichissent le capital aux dépens du travail.
- Le principe d'association, examiné et critiqué quand il devient contrainte : Proudhon se méfie des communautés où l'individu disparaît.
- Le principe d'autorité : monarchie, constitution, suffrage universel, et même la législation directe par le peuple passent au crible. Toutes sont des formes de gouvernement.
- La liquidation sociale : une banque du peuple, la réduction des dettes, le rachat progressif de la propriété immobilière et foncière.
- L'organisation des forces économiques : crédit, propriété, valeur, échanges, compagnies ouvrières.
- La dissolution du gouvernement : justice, police, armée, administration remplacées par des contrats librement passés entre individus, communes et associations.
Le passage le plus célèbre du livre commence ainsi : « Être gouverné, c'est être gardé à vue, inspecté, espionné, dirigé, légiféré, réglementé, parqué, endoctriné, prêché, contrôlé, estimé, apprécié, censuré, commandé… »
Débats et limites
- Le contrat, une solution miracle ? Entre deux personnes inégales, un contrat « libre » peut cacher une domination. Les anarchistes communistes reprocheront à Proudhon de garder le marché et l'échange.
- L'homme Proudhon reste marqué par sa misogynie et ses préjugés (voir notre fiche sur la propriété).
Et aujourd'hui ?
La tirade « Être gouverné, c'est… » se lit comme une description de la société de surveillance : fichiers, caméras, contrôles, algorithmes. L'idée de remplacer l'administration par des accords entre associations et communes inspire coopératives, monnaies locales et mutuelles.
À retenir
- L'économie avant la politique.
- Le contrat librement passé à la place de la loi imposée.
- Le livre le plus systématique de Proudhon sur une société sans gouvernement.
Le texte complet est sur Mamie Commune. Lire en ligne ou ouvrir le PDF.
Sources et pour aller plus loin
Le texte original
- Le texte complet sur Mamie Commune, à lire en ligne ou en PDF.
- « Idée générale de la Révolution au XIXe siècle » sur la Bibliothèque anarchiste : le texte intégral, aussi en PDF et en livre numérique (EPUB).
Lire
- L'Anarchisme, Édouard Jourdain, La Découverte, Repères, 2013.Une introduction claire, avec une large place pour Proudhon.
- La DémocratieNotre fiche : Proudhon en 1848.
Sur le web
- Pierre-Joseph Proudhon sur Wikipédia1848, la Banque du peuple, la prison.
Fiche de lecture rédigée par Mamie Commune d'après les textes de la Bibliothèque anarchiste francophone. Cette fiche est libre de reproduction.