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Propriété, gouvernement, armée, presse, Église, mariage : Emma Goldman expose sa vision de l'anarchisme point par point.

État & pouvoirEmma Goldman · 1908Fiche · 4 min

Contexte

Emma Goldman (1869-1940) naît dans l'Empire russe, dans une famille juive de Kaunas (aujourd'hui en Lituanie). Elle émigre aux États-Unis à 16 ans et travaille en usine. La pendaison de quatre anarchistes de Chicago en 1887, après l'affaire de Haymarket, fait d'elle une révolutionnaire. Oratrice infatigable, elle fonde en 1906 la revue Mother Earth.

Ce texte paraît le 19 juillet 1908 dans le New York World, un grand quotidien. La presse américaine présente alors Goldman comme « la femme la plus dangereuse d'Amérique ». Peu avant, un soldat, William Buwalda, a été condamné par un tribunal militaire pour lui avoir serré la main après une conférence. Elle répond par un exposé calme et précis de ses idées.

La thèse

L'anarchisme, absence de gouvernement et refus de l'autorité imposée, est la doctrine la plus favorable à la liberté, à la paix et à l'épanouissement de chaque personne. Ce n'est pas un système figé ni un dogme, mais un processus vivant, fondé sur l'adhésion volontaire.

Point par point

  • La propriété. La production est devenue si abondante que la propriété privée n'a plus de raison d'être. Elle place chacun sous un maître et transforme le travail en esclavage. À la place : la coopération volontaire, vers un communisme libre où chacun prend selon ses besoins.
  • Le gouvernement protège la propriété et les monopoles. Les grandes œuvres et la solidarité naissent des individus et des groupes, pas des lois. Le crime vient de la misère et des inégalités ; les prisons ne font que l'aggraver.
  • Le militarisme dresse à l'obéissance aveugle et sert l'impérialisme. Les peuples doivent refuser de se battre pour celles et ceux qui les exploitent.
  • La liberté d'expression est vidée de son sens par la censure policière et postale. Le remède aux abus de parole, c'est plus de parole, pas la police.
  • L'Église freine la pensée libre. La foi doit rester une affaire privée.
  • Le mariage est une institution économique qui enferme les femmes et les rend dépendantes. Goldman défend l'amour libre, l'indépendance des femmes et une maternité choisie, contraception comprise.
  • La violence. L'anarchisme est une philosophie de paix. Les attentats sont des réactions désespérées à l'injustice, pas des conséquences de la doctrine. Les vrais moyens sont l'éducation, l'exemple et la grève générale.

Débats et limites

  • Un texte de défense. Écrit pour un grand journal, il adoucit certaines positions. Ailleurs, Goldman a défendu plus fermement les auteurs d'attentats, notamment son compagnon Alexander Berkman.
  • Une confiance dans l'abondance typique de l'époque, qu'on interroge aujourd'hui avec les limites écologiques.
  • Le féminisme de Goldman était en avance sur son temps, mais elle se méfiait du mouvement pour le droit de vote des femmes, qu'elle jugeait inutile. Un débat qui reste vif entre féministes et anarchistes.

Et aujourd'hui ?

Goldman est l'une des premières à faire entrer la vie intime dans la politique : couple, sexualité, contraception, maternité. Les mouvements féministes des années 1970 l'ont redécouverte, et ses textes sur la liberté d'expression, la prison et l'antimilitarisme se lisent comme s'ils avaient été écrits hier. Elle a été expulsée des États-Unis en 1919 : son parcours rappelle aussi la répression des militantes et militants étrangers.

À retenir

  • L'anarchisme de Goldman englobe la vie intime : amour, couple, maternité.
  • Elle relie militarisme, censure et propriété dans une même critique.
  • L'anarchisme est un processus, pas un dogme.
  • Un bon texte d'entrée, court et concret.

Sources et pour aller plus loin

Le texte original

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Sur le web

Fiche de lecture rédigée par Mamie Commune d'après les textes de la Bibliothèque anarchiste francophone. Cette fiche est libre de reproduction.