Contexte
Expulsée des États-Unis en 1919 avec son compagnon Alexander Berkman, Emma Goldman arrive en Russie soviétique pleine d'espoir. Elle y vit deux ans, voit la faim, la police politique, la répression des anarchistes et de Kronstadt, et repart désespérée fin 1921. Elle publie dès 1923 Mon désillusionnement en Russie, qui lui vaut d'être traitée de traîtresse par une grande partie de la gauche.
Cet article paraît en 1935 dans une revue américaine, The American Mercury. Staline est au pouvoir, la collectivisation forcée des campagnes a provoqué une famine meurtrière, et beaucoup d'intellectuels occidentaux continuent pourtant de célébrer l'URSS comme la patrie du socialisme.
La thèse
Le communisme suppose que les communautés gèrent librement et en commun les moyens de production. L'URSS nationalise tout et concentre le pouvoir dans le Parti : ce n'est pas du communisme, c'est un capitalisme d'État, fondé sur la contrainte et les privilèges.
Les idées, dans l'ordre
- Nationaliser n'est pas socialiser. Quand l'État contrôle les usines, les travailleuses et travailleurs restent des salariés sans pouvoir ; socialiser, c'est donner à tout le monde accès et décision.
- Une planification aveugle. La planification centrale ignore les besoins locaux : on exporte du blé pendant la famine de 1932-1933.
- De nouvelles classes. Rations différenciées, magasins réservés, privilèges du Parti recréent une hiérarchie sociale.
- La collectivisation forcée transforme les paysannes et paysans en salariés sans terre de l'État.
- Au sommet : une bureaucratie toute-puissante et une police politique.
- Une répression croissante, jusqu'aux otages pris parmi les familles des « traîtres ».
Débats et limites
- Un texte d'avant les grands procès de Moscou (1936-1938) et la Grande Terreur : la réalité sera encore plus terrible que ce qu'elle décrit.
- « Capitalisme d'État » : l'expression est discutée par les historiens, mais elle a été reprise par de nombreux courants critiques du stalinisme, libertaires comme marxistes.
Et aujourd'hui ?
Goldman a eu raison trop tôt, et l'a payé de son isolement. Son texte reste une leçon sur les fins et les moyens, et sur le courage de dire la vérité à son propre camp. La distinction entre nationaliser et socialiser éclaire encore les débats sur les services publics : appartenir à l'État ne veut pas dire appartenir à toutes et tous.
À retenir
- Un communisme ne peut pas être imposé par un État.
- L'URSS hérite des méthodes tsaristes.
- Une réflexion toujours actuelle sur les fins et les moyens.
Sources et pour aller plus loin
Le texte original
- « Le communisme n'existe pas en URSS » sur la Bibliothèque anarchiste : le texte intégral, aussi en PDF et en livre numérique (EPUB).
Lire
- Vivre ma vie, Emma Goldman, L'Échappée, 2018.Ses deux années en Russie, racontées en détail.
- La Révolution inconnue, Voline.La révolution russe vue par un anarchiste qui l'a vécue.
- 1921, l'orage éclate à PetrogradNotre fiche : le moment de la rupture.
Sur le web
- Notre dossier : la critique des bolcheviksCe que les anarchistes ont vécu en Russie et en Ukraine.
- Emma Goldman sur WikipédiaSon expulsion et ses années russes.
Fiche de lecture rédigée par Mamie Commune d'après les textes de la Bibliothèque anarchiste francophone. Cette fiche est libre de reproduction.