Contexte
Hiver 1920-1921. La guerre civile est presque gagnée par les bolcheviks, mais le pays est exsangue. Expulsés des États-Unis, Emma Goldman et Alexander Berkman vivent à Petrograd. La faim, le froid et les fermetures d'usines provoquent des grèves ouvrières en février 1921. Les marins de Kronstadt, la forteresse navale face à la ville, héros de la révolution de 1917, se solidarisent avec les grévistes et adoptent une résolution réclamant des soviets librement élus.
Ce texte est un chapitre du témoignage de Goldman sur ces semaines décisives.
La thèse
Réprimer les ouvriers de Petrograd et les marins de Kronstadt, c'est trahir la révolution. Leur contestation n'était pas une contre-révolution, et le dialogue devait primer sur les canons.
Les idées, dans l'ordre
- Des revendications de survie. Les grévistes réclament du pain, du chauffage, des chaussures, et la fin des barrages qui empêchent d'aller chercher de la nourriture à la campagne.
- La réponse du pouvoir : la loi martiale et les arrestations.
- Kronstadt réclame la liberté de réunion et de parole pour les ouvriers, les paysans et les partis socialistes, des élections libres aux soviets, et la libération des prisonniers politiques socialistes.
- Le mensonge du complot. Les dirigeants crient à une conspiration tsariste et étrangère sans examiner les faits.
- La médiation refusée. Goldman et Berkman proposent une commission de médiation ; Trotski exige une reddition sans condition. La forteresse est prise d'assaut en mars 1921, et des centaines de marins sont fusillés dans les semaines qui suivent.
Débats et limites
- Un débat qui dure depuis un siècle. Les défenseurs des bolcheviks affirment que la révolte menaçait le régime face à ses ennemis. Les historiennes et historiens qui ont eu accès aux archives soviétiques ont largement confirmé qu'il n'y avait pas de complot tsariste derrière Kronstadt.
Et aujourd'hui ?
Kronstadt est devenu le symbole de l'autonomie ouvrière écrasée par un pouvoir qui se disait ouvrier. Dans de nombreux débats à gauche, « Kronstadt » sert encore de ligne de partage entre celles et ceux qui justifient l'autorité au nom de la révolution, et celles et ceux qui refusent.
À retenir
- Kronstadt, symbole de l'autonomie ouvrière écrasée.
- Critiquer le pouvoir y devient une trahison.
- À lire avec Malatesta.
Sources et pour aller plus loin
Le texte original
- « 1921, l'orage éclate à Petrograd » sur la Bibliothèque anarchiste : le texte intégral, aussi en PDF et en livre numérique (EPUB).
Lire
- La Commune de Cronstadt, Ida Mett, 1938.Le récit classique de la révolte, par une anarchiste qui l'a connue.
- La Rébellion de Kronstadt, Alexander Berkman, 1922.Le témoignage du compagnon de Goldman.
Sur le web
- La révolte de Kronstadt sur WikipédiaLe déroulement et le débat historique.
- Notre dossier : la critique des bolcheviksKronstadt et l'Ukraine, la même année.
Fiche de lecture rédigée par Mamie Commune d'après les textes de la Bibliothèque anarchiste francophone. Cette fiche est libre de reproduction.