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Durruti n'est pas mort !

L'hommage d'Emma Goldman au milicien anarchiste tombé à Madrid, qui commandait sans contraindre.

Histoire & luttesEmma Goldman · 1936Fiche · 3 min

Contexte

Juillet 1936 : un coup d'État militaire mené par Franco se heurte en Espagne à une résistance populaire. À Barcelone, les ouvrières et ouvriers de la CNT, la grande confédération anarcho-syndicaliste, battent les militaires et lancent une révolution sociale : usines et terres collectivisées, milices volontaires. Buenaventura Durruti, ouvrier mécanicien et militant légendaire, prend la tête d'une colonne de milliers de volontaires qui part libérer l'Aragon.

Emma Goldman, 67 ans, rejoint l'Espagne en septembre 1936 pour soutenir la révolution ; elle rencontre Durruti sur le front d'Aragon. En novembre, la colonne part défendre Madrid assiégée. Durruti y est tué le 20 novembre 1936, dans des circonstances jamais complètement éclaircies. Goldman écrit cet hommage.

La thèse

Durruti vit dans celles et ceux qui poursuivent son combat. Il a prouvé qu'on peut obtenir l'engagement de milliers de personnes sans discipline militaire, par la responsabilité et l'exemple.

Les idées, dans l'ordre

  1. L'autodiscipline librement consentie, à la place de la discipline de caserne : pas de grades, pas de saluts, des délégués élus.
  2. Vivre comme les autres. Durruti mange, dort et combat avec ses miliciennes et miliciens, et partage leurs dangers.
  3. Une guerre pour une révolution. La guerre antifasciste défend une révolution sociale, pas seulement une république.
  4. La responsabilité plutôt que la sanction. À celles et ceux qui veulent quitter le front, il en appelle à leur conscience, pas à la menace.
  5. Les funérailles réunissent des centaines de milliers de personnes à Barcelone.

Débats et limites

  • Un texte d'hommage, écrit dans l'émotion, qui ne se veut pas une analyse. Durruti, comme tout chef aimé, a aussi sa part de légende.
  • La militarisation : quelques semaines plus tard, les milices sont transformées en armée régulière, avec l'accord des dirigeants de la CNT. Un débat déchirant, que notre dossier détaille.

Et aujourd'hui ?

La phrase qu'on prête à Durruti, « nous portons un monde nouveau dans nos cœurs », est devenue un slogan dans le monde entier. Son exemple pose une question à toute organisation : peut-on être efficace sans hiérarchie ? La colonne Durruti prouve qu'on peut, au moins un temps, et à condition d'une très grande confiance mutuelle.

À retenir

  • Liberté et discipline ne s'opposent pas.
  • L'autorité de l'exemple, pas de la contrainte.
  • Un texte d'hommage, à lire comme tel.

Sources et pour aller plus loin

Le texte original

Lire

  • Le Bref Été de l'anarchie. La vie et la mort de Buenaventura Durruti, Hans Magnus Enzensberger, Gallimard, 1975.Un roman-collage fait de témoignages : passionnant.
  • Hommage à la Catalogne, George Orwell, 1938.Un volontaire anglais dans les milices de Barcelone.

Regarder

  • Land and Freedom, Ken Loach, 1995.Le film sur les milices et la révolution espagnole, avec la célèbre scène de l'assemblée sur la collectivisation.

Sur le web

Fiche de lecture rédigée par Mamie Commune d'après les textes de la Bibliothèque anarchiste francophone. Cette fiche est libre de reproduction.