Contexte
Depuis 1864, l'Association internationale des travailleurs (la « Première Internationale ») réunit des ouvrières et ouvriers de toute l'Europe. Deux conceptions s'y opposent : celle de Marx et du Conseil général de Londres, qui veulent des partis ouvriers luttant pour conquérir le pouvoir politique ; celle des fédérations du Jura, d'Espagne et d'Italie, autour de Bakounine, qui refusent toute conquête du pouvoir.
Au congrès de La Haye, début septembre 1872, la majorité marxiste exclut Bakounine et James Guillaume. Quelques jours plus tard, les 15 et 16 septembre, une quinzaine de délégués d'Italie, d'Espagne, de France, du Jura et d'Amérique se réunissent à Saint-Imier, dans le Jura suisse, et refondent une Internationale sans centre.
La thèse
L'autonomie des fédérations ouvrières est la condition de l'émancipation. Les congrès ne font pas la loi, le Conseil général est rejeté, et les fédérations se lient par un pacte d'entraide. Le premier devoir du prolétariat est de détruire tout pouvoir politique.
Les résolutions
- Les congrès servent à confronter les aspirations, pas à légiférer pour toutes les sections.
- Rejet des décisions de La Haye et de la dérive autoritaire du Conseil général.
- Un pacte d'amitié, de solidarité et de défense mutuelle : une fédération attaquée dans sa liberté reçoit le soutien de toutes les autres.
- Pas de ligne politique unique imposée au prolétariat de tous les pays.
- Détruire tout pouvoir politique, même « provisoire » et « révolutionnaire » : un tel pouvoir ne serait qu'une tromperie de plus.
- La résistance par la grève et l'organisation économique, vers une libre fédération des producteurs.
Débats et limites
- Une Internationale qui s'éteint vite : l'Internationale anti-autoritaire tient ses derniers congrès à la fin des années 1870, minée par la répression et les divergences entre syndicalistes et partisans de l'action insurrectionnelle.
- Le mot « anarchiste » n'apparaît pas encore dans ces résolutions : on parle de « socialistes révolutionnaires » ou de « fédéralistes ».
Et aujourd'hui ?
Saint-Imier est devenu un lieu de mémoire : la ville accueille l'Espace Noir, une coopérative libertaire (librairie, café, salle de spectacle), et deux grandes rencontres internationales anarchistes s'y sont tenues, en 2012 et en 2023, pour les 140 et 150 ans du congrès. Le principe de fédérations autonomes liées par un pacte de solidarité reste celui de nombreuses organisations libertaires dans le monde.
À retenir
- Le texte fondateur de l'anarchisme comme mouvement.
- Une solidarité sans centre de commandement.
- Voir l'Espace Noir de Saint-Imier sur notre carte.
Sources et pour aller plus loin
Le texte original
- « Résolutions du Congrès de Saint-Imier » sur la Bibliothèque anarchiste : le texte intégral, aussi en PDF et en livre numérique (EPUB).
Lire
- Trois conférences aux ouvriers du Val de Saint-ImierNotre fiche : Bakounine devant les mêmes horlogers, un an plus tôt.
- Une toute petite histoire de l'anarchisme, Marianne Enckell.Par l'ancienne responsable du CIRA, en quelques pages.
Sur le web
- Le congrès de Saint-Imier sur WikipédiaDélégués, résolutions, suites.
- La Première InternationaleL'histoire de la scission.
- CIRA de LausanneLes archives de l'anarchisme, tout près du Jura.
Fiche de lecture rédigée par Mamie Commune d'après les textes de la Bibliothèque anarchiste francophone. Cette fiche est libre de reproduction.