Mamie Commune

Accueil/Bibliothèque/Individu & morale

L'éducation intégrale

Tant que le savoir sera inégal, une minorité dominera. Il faut une instruction complète et égale pour tout le monde, manuelle et intellectuelle.

Individu & moraleMikhaïl Bakounine · 1869Fiche · 3 min

Contexte

En 1869, Bakounine vit en Suisse et milite dans l'Association internationale des travailleurs, la Première Internationale. Il publie quatre articles en juillet-août dans L'Égalité, journal des sections de Suisse romande. L'Internationale débat alors de l'instruction : faut-il seulement demander un peu plus d'écoles pour le peuple, comme le veulent les républicains, ou changer la nature même de l'éducation ?

L'idée d'« éducation intégrale » est portée à la même époque par Paul Robin, un pédagogue français membre de l'Internationale, qui l'appliquera plus tard à l'orphelinat de Cempuis.

La thèse

Le savoir inégal crée mécaniquement une classe dominante. L'instruction doit donc être égale et complète pour tout le monde, unissant la tête et la main. Mais elle ne suffit pas seule : il faut aussi l'égalité économique et un milieu social juste.

Les idées, dans l'ordre

  1. Le savoir, c'est le pouvoir. Les progrès techniques et scientifiques ont creusé l'écart entre bourgeoisie et prolétariat. La science sert surtout l'État : administration, finances, armée.
  2. Une même instruction pour tout le monde, unissant travail manuel et travail intellectuel. Les capacités sont à peu près équivalentes chez la grande majorité ; les différences viennent surtout du milieu.
  3. Le contenu. Une base scientifique générale, puis une spécialité librement choisie, et toujours un enseignement pratique, un métier. Une morale humaine qui respecte le travail, à la place d'une morale religieuse qui le méprise.
  4. Lois naturelles et lois arbitraires. On obéit aux premières (on ne discute pas avec la gravité), on combat les secondes. La liberté, c'est développer ses facultés et ne dépendre de la volonté de personne.
  5. Le milieu fait l'individu. Pour rendre les gens meilleurs, il faut rendre la société plus juste. Trois conditions : naître en bonne santé, recevoir une instruction intégrale, vivre dans un milieu égalitaire.

Débats et limites

  • Une confiance forte dans la science, typique du XIXe siècle.
  • Peu de pédagogie concrète. Bakounine dit quoi enseigner, guère comment. Ce sont d'autres (Robin, Ferrer, Faure) qui inventeront les écoles libertaires.

Et aujourd'hui ?

Les inégalités scolaires restent l'une des grandes fabriques d'inégalités sociales : les enquêtes le montrent année après année. La séparation entre filières « nobles » et filières professionnelles, entre travail de bureau et travail manuel, est exactement ce que Bakounine voulait abolir. Écoles alternatives, éducation populaire, universités populaires reprennent ce combat.

À retenir

  • L'instruction intégrale est nécessaire, mais l'émancipation économique vient d'abord.
  • Réduire le temps de travail, c'est aussi donner le temps d'apprendre.
  • Un texte fondateur de la pédagogie libertaire.

Le texte complet est sur Mamie Commune. Lire en ligne ou ouvrir le PDF.

Sources et pour aller plus loin

Le texte original

Lire

  • Éducation et liberté. Anthologie, textes réunis par Normand Baillargeon et Chantal Santerre, Lux, 2005.Les grands textes de la pédagogie libertaire.
  • Travail intellectuel et travail manuelNotre fiche : Kropotkine sur le même sujet.

Sur le web

  • Paul RobinLe pédagogue de l'éducation intégrale et de l'orphelinat de Cempuis.
  • Francisco FerrerFondateur de l'École moderne à Barcelone, fusillé en 1909.
  • La RucheL'école libertaire de Sébastien Faure, de 1904 à 1917.

Fiche de lecture rédigée par Mamie Commune d'après les textes de la Bibliothèque anarchiste francophone. Cette fiche est libre de reproduction.