Contexte
Kropotkine écrit ce texte en mars 1881 pour Le Révolté, le journal qu'il anime à Genève, à l'occasion des dix ans de la Commune. Née le 18 mars 1871 dans un Paris épuisé par le siège prussien, la Commune a été écrasée dans le sang fin mai, pendant la « Semaine sanglante » : des milliers de morts, des dizaines de milliers d'arrestations, des déportations. En 1881, le mouvement socialiste se reconstruit à peine, et les communards amnistiés rentrent d'exil.
Le texte est repris en 1885 dans Paroles d'un révolté, le recueil de ses articles.
La thèse
La Commune n'était pas une simple révolte municipale. Elle a fait naître une idée neuve : la révolution sociale par des communes libres et fédérées, sans propriété privée ni État. Ses échecs viennent des hésitations de l'époque, pas d'une faiblesse du principe.
Les idées, dans l'ordre
- Le 18 mars : une insurrection presque sans combat. Quand l'armée vient prendre les canons de Montmartre, la foule fraternise avec les soldats, et le gouvernement s'enfuit à Versailles.
- Deux socialismes. L'« État populaire » des socialistes allemands s'oppose au refus de tout État des socialistes de France, d'Italie et d'Espagne. La Commune a penché, sans le savoir, du second côté.
- L'autonomie communale n'était qu'un moyen ; le but était la révolution sociale.
- Première erreur : la propriété. On a remis la question sociale « après la victoire ». On n'a pas touché à la Banque de France, qui a continué de financer Versailles. Le peuple ne se bat pas jusqu'au bout pour un changement qui ne change pas sa vie.
- Deuxième erreur : le gouvernement. En élisant un conseil qui se comporte en gouvernement, Paris a enfermé ses meilleures forces dans des débats et a paralysé l'initiative des quartiers.
- Ce que veulent les travailleurs en 1881 : mettre en commun toutes les richesses dès le premier jour, et se méfier de tout pouvoir central, même révolutionnaire.
- Le point aveugle : les campagnes. Sans les paysannes et paysans, aucune révolution urbaine ne tiendra. Il faut leur parler et leur rendre la terre.
Débats et limites
- La Commune n'avait que 72 jours, un pays en guerre et une armée à ses portes. Juger après coup est facile.
- Une autre lecture. Marx, dans La Guerre civile en France (1871), voit lui aussi dans la Commune une forme nouvelle de pouvoir, mais en tire la nécessité d'une « dictature du prolétariat ». Les deux interprétations se disputent l'héritage de 1871 depuis plus d'un siècle.
Et aujourd'hui ?
La question posée par Kropotkine revient dans chaque révolution : faut-il d'abord prendre le pouvoir, ou d'abord changer la vie ? Elle s'est posée en Russie, en Espagne, au Chiapas, au Rojava. Nos dossiers Révolutions montrent les réponses qui y ont été données.
À retenir
- Abolir propriété et gouvernement dès le début, pas « plus tard ».
- Un gouvernement révolutionnaire finit par étouffer la révolution.
- L'alliance avec les campagnes : voir aussi Reclus, À mon frère le paysan.
Le texte complet est sur Mamie Commune. Lire en ligne ou ouvrir le PDF.
Sources et pour aller plus loin
Le texte original
- Le texte complet sur Mamie Commune, à lire en ligne ou en PDF.
- « La Commune de Paris » sur la Bibliothèque anarchiste : le texte intégral, aussi en PDF et en livre numérique (EPUB).
Lire
- Histoire de la Commune de 1871, Prosper-Olivier Lissagaray, La Découverte.Le récit d'un combattant, écrit en 1876 : le classique.
- L'Imaginaire de la Commune, Kristin Ross, La Fabrique, 2015.Ce que la Commune a inventé : le luxe communal, l'éducation, la fédération.
- La Semaine sanglante. Mai 1871, légendes et comptes, Michèle Audin, Libertalia, 2021.Le nombre réel des victimes, enfin établi avec rigueur.
Regarder
- La Commune (Paris, 1871), Peter Watkins, 2000.Un film-fleuve tourné avec des habitantes et habitants d'aujourd'hui, comme un reportage en direct.
- Les Damnés de la CommuneLe documentaire, à voir sur notre page Vidéos.
Sur le web
- Notre dossier sur la CommuneHistoire, organisation, décrets, femmes de la Commune.
- La Commune de Paris sur WikipédiaUn article très complet.
Fiche de lecture rédigée par Mamie Commune d'après les textes de la Bibliothèque anarchiste francophone. Cette fiche est libre de reproduction.