Contexte
Élisée Reclus (1830-1905), géographe de renommée mondiale et ancien communard, développe dans ce livre une conférence qu'il donnait depuis 1880 sous le titre Évolution et révolution (voir notre fiche). Le livre paraît en 1898, après la vague d'attentats anarchistes et la répression qui a suivi. Reclus enseigne alors à l'Université nouvelle de Bruxelles, une université libre fondée par des professeurs dissidents.
Le mouvement ouvrier se transforme : les syndicats, les coopératives et les bourses du travail se multiplient. Reclus veut montrer aux anarchistes comme aux réformistes que le changement lent et la rupture ne sont pas ennemis.
La thèse
L'évolution (le changement lent des idées et des mœurs) et la révolution (le basculement brusque quand les résistances deviennent trop fortes) sont deux moments d'un même mouvement. La révolution doit être consciente et réfléchie, portée par des individus libres et lucides, et mener à une société sans maîtres.
Les idées, chapitre par chapitre
- Tout évolue, la nature comme les sociétés. Les révolutions sont des épisodes de l'évolution, pas des accidents. Reclus critique celles et ceux qui acceptent que les idées changent, mais pas les institutions.
- Toute révolution a deux faces : un progrès et une régression. La Réforme protestante ou la Révolution française ont libéré, mais elles ont aussi installé de nouveaux pouvoirs.
- Des foules instinctives aux forces conscientes. Les échecs de 1848 et de la Commune montrent qu'une colère sans conscience se fait récupérer. Il faut des individus qui savent ce qu'ils veulent, pas des chefs.
- Le bilan de la société : argent, État, religion, justice, armée, administration, patriotisme. Toute institution figée tend vers la réaction.
- « Du pain pour tous ». L'idéal est d'abord matériel. Reclus réfute Malthus, pour qui la misère viendrait du trop grand nombre d'humains : l'abondance est possible, et c'est la misère qui raccourcit la vie des pauvres.
- Les moyens au crible. Partis, vote, police, Église, école officielle sont critiqués ; grèves, coopératives et communautés sont examinées comme des pistes, avec leurs limites.
Les images
La rivière qui emporte son barrage, la graine qui fend la terre, l'œuf qui se brise quand le poussin est prêt : le changement est naturel, et la rupture vient quand une forme ancienne ne peut plus contenir la vie nouvelle.
Débats et limites
- Un progrès jugé inévitable. Reclus partage l'optimisme de son siècle. Le XXe siècle, avec ses guerres et ses totalitarismes, a montré que l'évolution peut aussi aller vers le pire.
- Un livre dense, parfois répétitif, écrit par un savant. Commencer par la version courte aide beaucoup.
Et aujourd'hui ?
Le vieux débat « réforme ou révolution » revient sans cesse dans les mouvements sociaux. Reclus propose une sortie : construire dès maintenant (coopératives, entraide, éducation populaire) ce qui rendra possible la rupture, sans croire que ces îlots suffiront à changer le monde. C'est ce qu'on appelle aujourd'hui la « préfiguration ».
À retenir
- Pas d'opposition entre réforme lente et rupture : l'une prépare l'autre.
- Connaître la société avant de vouloir la transformer.
- Une révolution qui installe de nouveaux maîtres a échoué.
Le texte complet est sur Mamie Commune. Lire en ligne ou ouvrir le PDF.
Sources et pour aller plus loin
Le texte original
- Le texte complet sur Mamie Commune, à lire en ligne ou en PDF.
- « L'Évolution, la révolution et l'idéal anarchique » sur la Bibliothèque anarchiste : le texte intégral, aussi en PDF et en livre numérique (EPUB).
Lire
- Élisée Reclus ou la passion du monde, Hélène Sarrazin, La Découverte, 1985.Une biographie accessible.
- L'Homme et la Terre, Élisée Reclus, 1905-1908.Sa dernière grande œuvre, où il relie géographie, histoire et émancipation. Des éditions abrégées existent.
Sur le web
- Élisée Reclus sur WikipédiaSa vie et son œuvre.
- Le néo-malthusianismePour comprendre le débat sur la population qu'il aborde.
Fiche de lecture rédigée par Mamie Commune d'après les textes de la Bibliothèque anarchiste francophone. Cette fiche est libre de reproduction.