Contexte
Joseph Déjacque (1821-1865) est ouvrier colleur de papiers peints et poète. Il se bat sur les barricades de juin 1848, est emprisonné, puis s'exile après le coup d'État de 1851 : Londres, Jersey, La Nouvelle-Orléans, New York. Là, il publie de 1858 à 1861 Le Libertaire, journal du mouvement social, l'un des premiers journaux anarchistes au monde. Il rentre à Paris en 1861 et y meurt dans la misère.
« À bas les chefs ! » paraît dans son journal en 1859. Déjacque y répond aux blanquistes et à toutes celles et ceux qui, parmi les révolutionnaires, rêvent d'une dictature de salut public pour imposer la révolution.
La thèse
Aucune dictature, même au nom du peuple, ne sert la liberté. La seule autorité légitime est celle de l'intelligence et de l'exemple, exercée par chacune et chacun.
Les idées, dans l'ordre
- Ne pas ressusciter les vieilles autorités sous de nouveaux noms.
- Des réflexes de soumission. Les révolutionnaires qui acceptent la dictature gardent en eux l'esprit d'obéissance qu'ils prétendent combattre.
- Une dictature finit toujours par servir son chef et écraser les esprits libres.
- Des ouvriers au pouvoir deviennent aussi autoritaires que des bourgeois.
- L'exemple de 1848. Le pouvoir gouvernemental corrompt l'action révolutionnaire : Louis Blanc, socialiste entré au gouvernement provisoire, n'a rien pu changer.
- La seule « dictature » acceptable : celle de l'intelligence et de la morale, par l'exemple de chacune et chacun.
Débats et limites
- Une écriture flamboyante, pleine d'images et d'invectives, qui demande un peu d'effort.
- Comment se défendre contre une contre-révolution armée sans aucune coordination ? La question, que Déjacque n'aborde pas, se posera en Russie et en Espagne.
Et aujourd'hui ?
Le refus du chef révolutionnaire, écrit soixante ans avant 1917, annonce ce qui se passera en Russie, où la « dictature du prolétariat » deviendra celle d'un parti puis d'un homme. Dans les mouvements actuels qui refusent les porte-parole et les leaders (assemblées, mouvements « horizontaux »), on retrouve l'esprit de Déjacque.
À retenir
- Le refus du chef révolutionnaire, bien avant 1917.
- La révolution commence par l'autonomie de chacune et de chacun.
- Déjacque est aussi l'inventeur du mot « libertaire ».
Le texte complet est sur Mamie Commune. Lire en ligne ou ouvrir le PDF.
Sources et pour aller plus loin
Le texte original
- Le texte complet sur Mamie Commune, à lire en ligne ou en PDF.
- « À bas les chefs ! » sur la Bibliothèque anarchiste : le texte intégral, aussi en PDF et en livre numérique (EPUB).
Lire
- De l'être-humain mâle et femelleNotre fiche : sa lettre à Proudhon, où naît le mot « libertaire ».
- Bolchevisme et anarchismeNotre fiche : Malatesta, en 1923, sur la dictature réalisée.
Sur le web
- Joseph Déjacque sur WikipédiaUne vie d'exil et de poésie.
Fiche de lecture rédigée par Mamie Commune d'après les textes de la Bibliothèque anarchiste francophone. Cette fiche est libre de reproduction.