Mamie Commune

Accueil/Bibliothèque/Révolution & stratégie

TAZ, Zone autonome temporaire

Plutôt qu'attendre une révolution qui recrée un pouvoir, ouvrir des espaces de liberté qui surgissent, vivent intensément et se dissolvent avant d'être écrasés.

Révolution & stratégieHakim Bey · 1991Fiche · 3 min

Contexte

Hakim Bey est le pseudonyme de Peter Lamborn Wilson (1945-2022), écrivain américain passionné de mystique soufie et d'histoires hérétiques. Il publie TAZ en 1991, l'année de l'effondrement de l'URSS, quand l'idée même de révolution semble morte. L'essai, traduit en français en 1997, est nourri de l'histoire des pirates du XVIIIe siècle, des communautés d'esclaves marrons, d'enclaves libres, et des débats de l'époque sur le cyberpunk et les premiers réseaux informatiques.

Il a beaucoup inspiré les free parties, la culture des squats, les hackers et certains mouvements altermondialistes.

La thèse

Les révolutions finissent par recréer un pouvoir plus fort. Mais l'État ne peut pas tout cartographier ni tout contrôler : dans ses failles naissent des zones autonomes, discrètes, qui se dissolvent avant d'être récupérées ou écrasées, et renaissent ailleurs.

Les idées, dans l'ordre

  1. Le soulèvement plutôt que la révolution. La révolution vise à durer et devient un nouvel État ; le soulèvement sort du temps de l'histoire, le temps d'une fête ou d'une révolte.
  2. La carte et le territoire. La carte du monde est entièrement occupée par les États, mais pas le territoire réel, où s'ouvrent des brèches.
  3. La bande d'affinités choisies plutôt que la famille imposée.
  4. La fête comme brèche dans le calendrier du travail.
  5. Les réseaux informatiques comme mémoire et soutien des zones libres, sans remplacer la présence physique.
  6. Des précédents : utopies pirates, républiques éphémères, enclaves libres ont déjà existé.
  7. Disparaître plutôt qu'affronter : la discrétion protège mieux que le martyre.

Débats et limites

  • Un repli sur l'entre-soi ? Beaucoup d'anarchistes reprochent à la TAZ d'abandonner l'idée de changer toute la société pour quelques moments de liberté réservés à celles et ceux qui peuvent se les offrir.
  • Des exemples contestables : la « république » de Fiume, en 1919-1920, est citée comme une utopie, alors qu'elle a aussi servi de laboratoire au fascisme italien.
  • L'auteur. Peter Lamborn Wilson a publié, sous ce même pseudonyme, des textes complaisants envers la pédocriminalité. Une grande partie du mouvement libertaire les a condamnés et a pris ses distances avec lui. On peut discuter l'idée de TAZ sans rien excuser de cela.

Et aujourd'hui ?

Les zones à défendre (ZAD), les rave parties, les occupations de places, les lieux autogérés éphémères font souvent penser à la TAZ. Mais l'expérience de Notre-Dame-des-Landes montre aussi l'autre voie : des zones qui choisissent de durer et de s'ancrer dans un territoire, au lieu de disparaître.

À retenir

  • Le retrait et la discrétion plutôt que l'affrontement et le martyre.
  • Une suggestion poétique, pas un dogme.
  • Un texte contesté, et un auteur à lire avec esprit critique.

Sources et pour aller plus loin

Le texte original

Lire

  • TAZ. Zone autonome temporaire, Hakim Bey, Éditions de l'Éclat, 1997.L'édition française.
  • Comment concevoir la révolutionNotre fiche : Malatesta, une autre façon de penser le changement pas à pas.

Sur le web

Fiche de lecture rédigée par Mamie Commune d'après les textes de la Bibliothèque anarchiste francophone. Cette fiche est libre de reproduction.