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Comment la Commune s'organisait

Des citoyens en armes qui élisent leurs chefs, des élus révocables payés comme des ouvriers, des commissions, des clubs et des ateliers coopératifs.

Commune de ParisParis · 1871Dossier · 4 min

Deux pouvoirs nés d'en bas

Gardes nationaux fédérés devant la barricade de la place Vendôme, en mai 1871.
Gardes nationaux fédérés devant la barricade de la place Vendôme, en mai 1871. Bruno Braquehais · CC0, musée Carnavalet · Wikimedia Commons

La Commune repose sur deux piliers. D'un côté, la Garde nationale : les habitants en armes, organisés par bataillons de quartier, élisent leurs officiers et se fédèrent dans un Comité central. De l'autre, le Conseil de la Commune, élu le 26 mars par les vingt arrondissements, qui fait les lois et les applique à travers des commissions.

Les dix commissions du Conseil + Finances, Sûreté générale, Services publics, Relations extérieures Exécutive Guerre Vivres Travail École Justice les commissions rendent compte au Conseil Comité central de la Garde nationalefédération des bataillons Conseil de la Communeélus révocables · salaire d'ouvrier qualifié Bataillons de quartiercitoyens en armes · officiers élus Électeurs des 20 arrondissementsvote du 26 mars 1871 tout autour : clubs populaires, comités d'arrondissement, Union des femmes, chambres syndicales
Schéma 1. Les deux pouvoirs de la Commune. Leurs rapports furent souvent tendus ; clubs et comités de quartier pesaient sur les deux.

Des principes nouveaux

  • Révocabilité : les élus sont responsables devant leurs électeurs et peuvent être révoqués.
  • Salaire d'ouvrier : par décret du 2 avril, aucun traitement public ne peut dépasser 6 000 francs par an.
  • Pas de séparation des pouvoirs : le Conseil fait les lois et les exécute lui-même par ses commissions.
  • Les étrangers sont citoyens : le Hongrois Léo Frankel dirige la commission du Travail, le Polonais Jarosław Dąbrowski commande des troupes.
  • Fédéralisme : la Déclaration au peuple français du 19 avril réclame l'autonomie de chaque commune de France, librement fédérées entre elles.

Les clubs et les quartiers

Dans les églises réquisitionnées le soir, dans les préaux, les salles de bal, des clubs réunissent chaque jour des centaines de personnes. On y discute des décrets, on interpelle les élus, on propose. Les comités d'arrondissement et les comités de vigilance organisent ravitaillement, logement et défense du quartier. C'est là que la Commune est la plus directe.

Le travail : vers les ateliers coopératifs

La commission du Travail et de l'Échange, animée par des membres de l'Internationale, s'appuie sur les chambres syndicales ouvrières. Le décret du 16 avril leur confie le recensement des ateliers abandonnés par les patrons partis à Versailles, pour les remettre en marche sous forme de coopératives ouvrières.

Commission du Travail et de l'ÉchangeLéo Frankel · membres de l'Internationale décret du 16 avril Ateliersabandonnés par lespatrons partis Chambres syndicalesrecensent, évaluent,proposent un plan Atelier coopératifgéré par les ouvrièreset ouvriers associés Union des femmescomités dans chaque arrondissementÉlisabeth Dmitrieff, Nathalie Le Mel Ateliers de femmescouture, équipement des fédéréstravail payé sans intermédiaire
Schéma 2. Faute de temps, peu d'ateliers furent réellement repris. Mais l'idée d'une production gérée par les travailleuses et travailleurs eux-mêmes marquera tout le mouvement ouvrier.

Majorité et minorité

Le Conseil se divise. La majorité, jacobine et blanquiste, veut un pouvoir fort pour gagner la guerre et crée le 1er mai un Comité de salut public, par 45 voix contre 23. La minorité, proudhonienne et internationaliste (Varlin, Frankel, Courbet, Vallès…), dénonce une dictature qui trahit le mandat des électeurs. Les anarchistes y verront plus tard une leçon : un pouvoir révolutionnaire centralisé étouffe la révolution qu'il prétend défendre.

À retenir

Sources et pour aller plus loin

Lire

  • L'Imaginaire de la Commune, Kristin Ross, La Fabrique, 2015.Ce que la Commune a inventé : le « luxe communal », l'éducation, la fédération.
  • La Commune de Paris, KropotkineNotre fiche : les leçons tirées par les anarchistes dix ans plus tard.
  • La Commune et la notion de l'État, BakounineNotre fiche : ce que Bakounine écrit juste après la Semaine sanglante.
  • La Guerre civile en France, Karl Marx, 1871.La lecture marxiste de la Commune, à comparer avec celle des anarchistes.

Sur le web

Dossier rédigé par Mamie Commune à partir de travaux d'historiennes et d'historiens et de textes des mouvements concernés. Libre de reproduction.