Mamie Commune

Accueil/Bibliothèque/Action directe & syndicalisme

De l'action directe

L'action directe n'est ni la violence ni la non-violence : c'est agir soi-même au lieu de déléguer. Et l'histoire est faite de ça.

Action directe & syndicalismeVoltairine de Cleyre · 1912Fiche · 4 min

Contexte

Voltairine de Cleyre (1866-1912) grandit dans une famille pauvre du Michigan ; son père, admirateur de Voltaire, lui donne son prénom. Placée dans un couvent, elle en sort libre-penseuse. La pendaison des anarchistes de Chicago en 1887 fait d'elle une anarchiste. Elle vit ensuite à Philadelphie, où elle enseigne l'anglais aux immigrées et immigrés juifs. En 1902, un ancien élève lui tire dessus ; elle survit et refuse de porter plainte contre lui.

Ce texte, d'abord une conférence, paraît en 1912 dans la revue Mother Earth d'Emma Goldman, quelques mois avant sa mort. Après l'attentat contre le journal Los Angeles Times en 1910, la presse américaine réduit l'« action directe » aux bombes. De Cleyre veut rendre au mot son vrai sens, et répond aussi aux socialistes qui ne jurent que par les élections.

La thèse

Toute personne qui agit elle-même pour défendre ses droits, sans s'en remettre à une autorité, pratique l'action directe. Ce n'est en soi ni violent ni pacifique. C'est le moteur réel des changements sociaux ; l'action politique, elle, s'appuie sur la contrainte de l'État et mène les travailleuses et travailleurs dans une impasse.

Les idées, dans l'ordre

  1. Tout le monde l'a déjà pratiquée : réclamer un droit en face, faire grève, boycotter un commerçant, s'organiser entre voisines et voisins.
  2. Chacun mêle les deux. La plupart des gens pratiquent à la fois l'action directe et l'action politique. Seuls les vrais non-violents, comme les tolstoïens, peuvent ne croire qu'à la première, car le pouvoir politique repose toujours sur la force.
  3. L'histoire américaine : les quakers persécutés qui désobéissent, la révolte de Bacon en 1676, les boycotts qui ont préparé l'indépendance. Les manuels scolaires célèbrent ce qu'ils condamneraient aujourd'hui.
  4. L'abolitionnisme : le « chemin de fer souterrain » qui aidait les esclaves à fuir, la désobéissance aux lois sur les esclaves fugitifs, le raid de John Brown. Les politiciens tergiversaient, d'autres agissaient.
  5. Les luttes paysannes et ouvrières. Les organisations de fermiers ont échoué en se lançant dans la conquête du pouvoir. La grève reste l'arme naturelle des travailleuses et travailleurs.
  6. Contre l'électoralisme. Les lois sociales se retournent souvent contre les ouvriers, et le vote entretient la passivité. Elle propose la grève générale et l'expropriation.

Débats et limites

  • La question de la violence reste ouverte. De Cleyre refuse de condamner celles et ceux qui ripostent, sans en faire une stratégie. Chaque lectrice et lecteur doit trancher.
  • Un texte très américain : les exemples demandent parfois de chercher un peu. Ça vaut le coup.

Et aujourd'hui ?

Le texte est l'une des meilleures réponses à celles et ceux qui assimilent l'action directe au « casseur ». Désobéissance civile pour le climat, réquisitions de logements vides, faucheuses et faucheurs d'OGM, aides aux personnes exilées en montagne : toutes ces actions sont « directes » au sens de Voltairine de Cleyre. Et beaucoup seront peut-être célébrées demain dans les manuels.

À retenir

  • L'action directe se définit par le refus de déléguer, pas par la violence.
  • Ce qu'on célèbre dans l'histoire était souvent illégal à l'époque.
  • Le pendant américain de Pouget.

Sources et pour aller plus loin

Le texte original

Lire

  • D'espoir et de raison. Écrits d'une insoumise, Voltairine de Cleyre, Lux, 2008.Une anthologie de ses textes en français.
  • La Fabrication d'une anarchisteNotre fiche : son parcours, raconté par elle-même.

Sur le web

Fiche de lecture rédigée par Mamie Commune d'après les textes de la Bibliothèque anarchiste francophone. Cette fiche est libre de reproduction.