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Anarchie et organisation

S'organiser n'est pas trahir l'anarchie : c'est une nécessité. Encore faut-il que l'organisation soit elle-même libertaire.

Révolution & stratégieErrico Malatesta · 1927Fiche · 3 min

Contexte

En 1926, des anarchistes russes et ukrainiens exilés à Paris, dont Nestor Makhno et Piotr Archinov, publient la Plateforme d'organisation des communistes libertaires. Tirant les leçons de leur défaite face aux bolcheviks, ils proposent une organisation anarchiste unie, avec une ligne commune et une responsabilité collective. Le texte provoque un débat mondial.

Malatesta, alors âgé de 74 ans et surveillé par la police fasciste à Rome, répond en 1927 dans le journal Il Risveglio de Genève. Il défend l'organisation depuis cinquante ans contre les anarchistes qui la refusent ; mais il craint que la Plateforme ne recrée un parti centralisé. Ce texte est sa synthèse.

La thèse

L'organisation n'est pas contraire à l'anarchisme : c'est une condition de toute vie sociale et de toute action efficace. Le désaccord entre anarchistes porte sur les formes concrètes de l'organisation, pas sur son principe.

Les idées, dans l'ordre

  1. Qui refuse de s'organiser librement subit l'organisation imposée par d'autres, en général par celles et ceux qui vivent du travail d'autrui.
  2. Être cohérent. Les anarchistes doivent appliquer à leur propre mouvement le principe qu'ils défendent pour la société : l'organisation libre, sans pouvoir.
  3. Tout le monde s'organise. Même celles et ceux qui critiquent l'organisation se regroupent dès qu'ils veulent publier un journal ou préparer une action.
  4. Être dans le mouvement ouvrier. Les syndicats sont la principale force de transformation : il faut y militer.
  5. Sans s'y dissoudre. Les syndicats, centrés sur les revendications immédiates, tendent à s'adapter au système et à produire des permanents privilégiés. D'où le besoin d'organisations spécifiquement anarchistes.
  6. Leurs règles : autonomie des individus et des groupes, accord librement consenti, respect de la parole donnée. Liberté ne veut pas dire faire faux bond.
  7. Les congrès ne font pas la loi. Leurs décisions n'engagent que celles et ceux qui les acceptent. Les comités servent à coordonner, jamais à diriger.
  8. Une organisation dure tant que ses membres ont plus de raisons de rester ensemble que de se séparer.

Débats et limites

  • Makhno a répondu que Malatesta avait mal compris la Plateforme, qui ne voulait pas d'un parti autoritaire. Le débat entre « plateformistes » et « synthésistes » n'est toujours pas tranché.
  • Comment agir vite quand chaque groupe peut refuser une décision ? Malatesta compte sur la confiance et la parole donnée. C'est exigeant, et ça ne marche que dans des groupes qui se connaissent.

Et aujourd'hui ?

Ce débat traverse encore les organisations libertaires : certaines se réclament de la Plateforme (comme l'Union communiste libertaire en France), d'autres de la synthèse entre courants (comme la Fédération anarchiste). Plus largement, toute association, tout collectif ou syndicat rencontre ces questions : comment décider ensemble sans chef, et comment tenir ses engagements ?

À retenir

  • S'organiser sans chef, mais tenir ses engagements.
  • Être dans les syndicats sans s'y dissoudre.
  • Une organisation qui n'a plus de raison d'être doit pouvoir disparaître.

Sources et pour aller plus loin

Le texte original

Lire

  • Autonomie individuelle et force collective. Les anarchistes et l'organisation de Proudhon à nos jours, Alexandre Skirda.L'histoire complète du débat, Plateforme comprise.
  • Notre dossier sur MakhnoD'où viennent les auteurs de la Plateforme.

Sur le web

Fiche de lecture rédigée par Mamie Commune d'après les textes de la Bibliothèque anarchiste francophone. Cette fiche est libre de reproduction.